Le 1er mai 2019, une nouvelle ère a commencé au Japon après l’abdication de l’empereur Akihito pour son fils, Naruhito. Une nouvelle ère qui se veut sous le signe de l’harmonie si on se réfère à sa traduction, Reiwa signifiant officiellement « belle harmonie ». Une signification qui nous donne l’occasion de faire un détour sur l’architecture intérieure japonaise.
Ce n’est pas la première fois que l’on entend dire que les maisons japonaises donnent l’exemple de l’harmonie. Lorsque les européens ont vraiment commencé à fréquenter le territoire nippon aux XVIIe - XVIIIe siècles, la distribution des pièces ainsi que les techniques de construction des maisons traditionnelles japonaises les ont fortement marqués. L’œuvre posthume d’Engelbert Kaempfer, un médecin allemand du premier quart du XVIIIe siècle, note un très fort dépaysement. C’est d’abord la malléabilité de la maison traditionnelle japonaise, faite de cloisons, qui l’interpelle. Les murs – shôji – peuvent en effet être ôtés à souhait et ne laisser qu’une unique et vaste pièce, squelette de l’habitat. Un tel système de bois et de papier laisse aisément passer l’air. En ce sens, notre médecin trouve que la maison japonaise est beaucoup plus saine que la maison européenne. Le choix des matériaux importe lui aussi : le bois de sapin apporte une impression de fraicheur en purifiant l’air. Le rapport de la maison avec la nature, et surtout le jardin, produit un véritable choc : le jardin semble être à la fois dedans et dehors.
Si la maison japonaise fait si forte impression, c’est déjà parce qu’avec des matériaux « communs » elle arrive à rendre une esthétique sans commune mesure. On peut en conclure que le tour de force de la maison japonaise, c’est son architecture d’intérieur. Ce n’est pas la qualité des matériaux qui compte, mais la qualité de leur traitement et de leur agencement. Elle annonce une sensibilité subtile. On pourrait croire que pour piquer la sensibilité de l’homme, il faudrait diversifier les matières, le mettre en contact avec des supports aussi différents que variés. Or la maison japonaise traditionnelle est pauvre en matériaux : elle n’est faite que de bois, de papier et de paille de riz (paroi et tatami) et de torchis. Une caractéristique épurée qui permet, en réalité, de se recentrer et de vivre des expériences décuplées. Ce qui n’empêche pas la solidité de l’habitat.
Enfin, l’ameublement doit lui aussi faire l’objet d’une analyse. Toujours en rapport avec l’architecture interne du bâti, il reste excessivement bas. La maison japonaise traditionnelle est elle-même basse, souvent sur un seul plan. Le reste de la maison donne le même sentiment. Le futon – un édredon sur le sol équivalent au lit – se plie et se range dans les placards. Une caractéristique que l’on retrouve encore aujourd’hui dans les maisons contemporaines avec la présence de nombreuses tables basses.
La maison traditionnelle japonaise est sous bien des aspects intéressante à étudier, et nous ne vous avons donné ici qu’un bref aperçu de sa force. Néanmoins, cet exemple témoigne encore de l’importance de l’architecture d’intérieur pour donner un sens au tout.

clip_image002 source de l’image : https://fr.123rf.com/photo_96073081_Traditional_japanese_paper_sliding_doors_and_tatami_mat_open_to_view_of_beautiful_colorful_autumn_leaves_maple_in_garden,_winter_season_from_kyoto,_japan.html

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